De fortes doses de Biotine peuvent interferer avec les immunodosages.

Suite à un article publié dans les Annales de biologie clinique (*) (juillet-août 2017) et à une alerte de l’ANSM (17 juillet 2017), nous vous informons d’une interférence de la biotine (encore appelée vitamine B8, B7 ou H) à forte dose, sur les immunodosages effectués par une technique dont le principe utilise la liaison biotine/streptavidine, ce qui est le cas de nombreux laboratoires en France dont le nôtre.

Cette interférence peut conduire à des résultats erronés, en particulier du bilan thyroïdien, mais aussi, potentiellement des dosages hormonaux, de vitamines, de marqueurs tumoraux, de médicaments, voire de sérologies.

  • Résultats faussement élevés (dosages par « compétition ») : stéroïdes, T3 libre, T4 libre, 25OH vitamine D, médicaments, Ac anti-récepteurs de la TSH, digoxine, etc.
  • Résultats faussement abaissés (dosages « sandwich ») : TSH, ACTH, PTH, FSH, LH, etc.

Cette interférence a été constatée chez des patients traités par de fortes doses de biotine (10 à 100 mg par jour), alors que les doses recommandées sont de 30 à 75 mg/j ; ces fortes doses étaient jusqu’à présent réservées à de rares maladies héréditaires du métabolisme (déficit en biotinidase, en holocarboxylase synthétase, maladie des noyaux gris centraux sensible à la biotine). Mais récemment, il a été montré un effet bénéfique des très fortes doses (3×100 mg/jour) de biotine (QIZENDAY®) dans la forme progressive de la sclérose en plaques, ayant conduit à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) en France en juin 2016. Des études cliniques en cours évaluent l’utilité de la biotine dans d’autres pathologies démyélinisantes, ce qui pourrait conduire à l’élargissement des indications de ces très fortes doses. En outre, des doses supra-physiologiques de biotine (jusqu’à 30 mg/jour), font aujourd’hui souvent l’objet d’auto-prescription, comme complément alimentaire destiné à freiner la chute des cheveux et à améliorer la peau et les ongles. Le patient, qui ne les considère pas comme un médicament, ne signalera pas toujours cette automédication.

Nous attirons votre attention sur des résultats de patients traités par biotine (QIZENDAY® dans la SEP ou Biotine administrée pour améliorer la peau, les ongles, les cheveux), en particulier du bilan thyroïdien, qui peuvent donc être faussés par cette interférence analytique.

Si certains de vos patients sont traités par de fortes doses de biotine ou si vous suspectez une interférence liée à une prise de biotine (discordance clinicobiologique), nous vous conseillons de demander ces dosages (ou de les contrôler), après un arrêt du traitement ou du complément alimentaire, d’une semaine. S’il n’est pas possible d’arrêter le traitement, il est impératif de prévenir le laboratoire afin d’envisager l’utilisation d’autres techniques de dosage.

(*) Souberbielle JC, Piketty ML. La biotine, une interférence analytique émergente. Ann Biol Clin 2017;75(4):366-8

Les biologistes du laboratoire LCV